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La file pour récupérer le Tosika Fameno au ZAP Vangaindrano

Les formes de corruption les plus fréquentes depuis le début de la pandémie à Madagascar

Trois formes de corruption ont pris plus de place depuis que la COVID-19 a débarqué à Madagascar. Dans la capitale comme dans les différentes régions, le domaine médical et le domaine social n’ont pas échappé aux mauvaises habitudes, qui par la force des choses, sont devenues une seconde nature dans le mode de vie malgache.

Selon Vatsy Rakotonarivo, chargé de communication au sein de Transparency International, la corruption se définit par « l’abus de pouvoir par et pour des intérêts personnels ». Dans la détresse, face à l’ennemi commun qu’est le coronavirus, dans les hôpitaux, beaucoup de familles se sont retrouvés désarmées face aux formes de corruption, déjà courantes avant la pandémie. Et ce n’est pas tout, dans certains quartiers, l’équité a fait défaut lors de la distribution d’aides financières. Voici trois cas de corruption qui ont fait de nombreuses victimes à Madagascar en parallèle à la pandémie.

Pots-de-vin

En août 2020, le Président de la République a annoncé, en conseil des ministres, que le budget d’opérationnalisation des Vatsy Tsinjo est de 360 milliards  ariary, et que le Tosika Fameno est de 100.000 ariary par ménage. Cependant, dans de nombreux quartiers en pleine capitale, certaines familles n’ont pu bénéficier de l’aide accordée par l’Etat, lors du premier confinement.

Outre les formes de corruption, des failles au niveau de la gestion ont également été mises en évidence dans le rapport Covid et Gouvernance, dressé par Transparency International, en 2021. « 32,7% des bénéficiaires enquêtés déclarent ne s’être inscrits sur aucune liste. Certains bénéficiaires auraient rencontré des difficultés dans l’obtention de leurs aides sociales. 39% des ménages enquêtés dans la région Analamanga et 61% dans la région Atsinanana qui n’ont pas bénéficié des aides sociales, auraient averti les responsables des Fokontany ou des communes des difficultés particulières qu’ils ont rencontrées ». D’une part, il s’agit de difficultés administratives se rapportant, entre autres, à l’accès aux aides. D’autre part, le favoritisme a mis certains citoyens entre parenthèses.

A l’instar des habitants d’un même immeuble interviewés, seuls les propriétaires de la même maison ont reçu des masques, proportionnels aux nombres d’habitants, accompagné d’un sac de riz, d’huile et de PPN. La famille en location et vivant au rez-de-chaussée a été ignorée, bien qu’elle ait payé ses cotisations pour couvrir les charges annuelles pour le fokontany et qu’elle y a bien été répertoriée. Andry, du quartier d’Ambatomitsangana, en témoigne. « Ils ont considéré les proprios du premier étage mais pas nous en bas. Même si nos cotisations étaient à jour, ils ont fait comme si on n'existait pas. Les agents du fokontany étaient pourtant venus nous demander 2.000 ariary, pour la mise à jour de notre carnet de fokontany ».

Ayant décidé de faire des réclamations auprès du fokontany concerné, Andry a réalisé que beaucoup de familles en relation étroite avec les responsables du même fokontany ont bien été considérées par le simple fait qu’ils sont « amis de longue date » et que le favoritisme, au profit d’une minorité, a bel et bien été perçu de tous, lors des longues queues pour récupérer l’aide sociale accordée par l’Etat. De plus, selon lui, les pots-de-vin étaient de rigueur pour être considérés par les agents. Pour pouvoir bénéficier des aides pourtant accordées gratuitement par l’Etat, certains citoyens ont opté pour la corruption en monnayant les aides pour faire vivre les leurs.

Favoritisme

Outre le fait de donner directement de l’argent à une personne pour avoir ses faveurs rapidement, le favoritisme constitue également une forme de corruption. Les pouvoirs accordés au personnel médical ont, dans certains cas, remis en question leur éthique et leur intégrité. Le fait qu’un médecin priorise l’accueil d’un patient sans respecter l’ordre d’arrivée dans une même file d’attente peut, par exemple, constituer un indice. Les critères d’accueil dans un hôpital, dans le cadre de la corruption, passent parfois par le favoritisme. Il est courant qu’un médecin préfère faire passer un patient, membre de sa famille ou un ami à lui, laissant la file attendre son bon vouloir.

L’équité, face à la maladie, n’a donc pas émergé. Au contraire, le coronavirus a marqué le pouvoir de ceux qui avaient en main la possibilité d’aider leurs prochains et ceux qui auraient tout donné pour bénéficier d’une aide quelconque, afin de sauver les leurs. Face à la crise sanitaire, la plupart des citoyens n’ont pas eu en tête de dénoncer les injustices, l’essentiel était plutôt pour eux de trouver de quoi se nourrir plutôt que de souligner le manque d’équité.

Détournement

Dans certains hôpitaux, certains patients ont souffert de la non-disponibilité et du manque de dispositifs. Erica, patiente au sein d’un hôpital, dont elle souhaite préserver l’anonymat, en mars 2021, en a fait les frais. « J’avais du mal à respirer. Notre médecin de famille, ne disposant ni de respirateur ni de scanner, m’a immédiatement envoyée à cet hôpital. Malheureusement, après m’avoir fait attendre pendant des heures, j’ai remarqué que finalement il y avait un décalage entre les sensibilisations à la télé et la réalité ». Elle a souligné qu’elle a dû payer le coût des médicaments malgré la gratuité annoncée des soins. Cette jeune femme de se demander s’il s’agissait plus de publicité mensongère puisqu’à ses yeux, la transparence n’a pas été au rendez-vous.

Même si les stratégies de lutte contre la corruption ne laissent pas tout le monde insensibles, les actions demeurent insuffisantes pour l’heure. De plus, tant que les formes de corruption ne sont pas comprises par tous, ces mauvaises pratiques risquent de se perpétuer de génération en génération, COVID-19 présente ou pas.

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